Et voilà, je vous en informais il y a déjà plusieurs mois et l'éditeur du CD m'a fait le plaisir de visiter le blog et vient de me le confirmer... Le CD de la BOF du film de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea est enfin disponible ! Voir les infos ci-dessous :
CD - 1 disque Musique de Bruno Alexiu Sortie le : 15 juin 2011 Durée totale : 47'47 Bonus : livret de 20 pages Réf : DCM130 Editions : Disques Cinémusique Pays : Canada Prix : 22 CAD
[...] Sur cette trame narrative fascinante, Bruno Alexiu a brodé une partition riche, inspirée et sensible qui constitue en même temps un hommage à d’illustres prédécesseurs comme François de Roubaix, Georges Delerue et Michel Magne, avec un clin d’oeil occasionnel à Bernard Herrmann. Le jazz sensuel et les rythmes de guitares électriques rehaussés de cuivres alternent avec une expérimentation sonore plus abstraite, l’ensemble reflétant bien l’effervescence typique des années 1960. Jim Lochner, rédacteur en chef de Film Score Monthly Online, a rédigé le texte de présentation. Le livret de 20 pages est abondamment illustré de photos d’archives.
J'ai eu le plaisir de croiser par hasard M. Serge Bromberg, hier. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller le saluer et le remercier (encore) pour ces superbes images qu'il nous a offert dans "L'enfer d'Henri-Georges Clouzot".
Et... (c'est tout moi, ça !), comme je lui dit que j'attends toujours avec impatience le CD de la BOF du film, il me dit que, alors qu'il ne l'espérait plus, il vient justement de signer (la semaine dernière) avec une compagnie canadienne !
Je vous rappelle que la musique n'a pas été écrite au moment du tournage en 1964 mais qu'elle a été créée pour le documentaire. Je l'ai trouvée fascinante...
Voilà, j'espère que cette petite surprise et exclu vous fera plaisir... Il ne nous reste plus qu'à patienter jusqu'à la sortie du CD !
Alors que le biopic qui lui est consacré se fait terriblement attendre, la magnifique Romy Schneider a fait l'actualité le week-end dernier grâce au formidable documentaire "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot", retraçant le tournage chaotique du film maudit et inachevé du brillant cinéaste français à qui l'on doit "Les Diaboliques", "Le salaire de la peur" ou "Quai des orfèvres".
En effet, après avoir été présenté lors du dernier Festival de Cannes, le documentaire de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, qui a remporté en début d'année l'Etoile d'Or et le César du meilleur documentaire, était présenté la semaine dernière au festival du film français de Los Angeles.
Ainsi, hier, à l'occasion de la remise des prix de la manifestation cinématographique, le film a remporté le Prix de la Critique. "Rapt", de Lucas Belvaux, s'est vu remettre le Prix Spécial de la Critique, alors que "Le Hérisson", de Mona Achache, a reçu le Prix du Public, que "L'arnacoeur", de Pascal Chaumeil, a reçu le Prix Spécial du Public, et qu'une mention spéciale a été donnée à Eric Elmosnino pour son incroyable incarnation de Serge Gainsbourg dans "Gainsbourg (vie héroïque)".
L'histoire de "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot" ? En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour être les vedettes de L'Enfer. Un projet énigmatique et insolite, un budget illimité, un film qui devait être un "événement" cinématographique à sa sortie. Mais après seulement trois semaines de tournage, le drame. Le projet est interrompu, et les images que l'on disait "incroyables" ne seront jamais dévoilées. Ces images, oubliées depuis un demi-siècle, ont été retrouvées et elles sont plus époustouflantes que la légende l'avait prédit. Elles racontent un film unique, la folie et la jalousie filmées en caméra subjective, l'histoire d'un tournage maudit et celle d'Henri-Georges Clouzot qui avait laissé libre cours à son génie de cinéaste. [...] Serge Bromberg et Ruxandra Medrea réussissent ici une "recomposition" de l'oeuvre disparue, créant un nouveau film qui raconte l'histoire de ce naufrage magnifique et qui permet au projet d'exister enfin.
Un film passionnant et sulfureux, que les festivaliers de la côte Ouest ont adoré à juste titre. A noter que, cette année, le festival du film français de Los Angeles a comptabilisé 15 000 entrées, un record pour la manifestation, comme le souligne l'organisateur François Truffart : "Le présence notable d'un public jeune cette année, entre 20 et 30 ans, est probablement due à nos efforts de communication sur les sites de sociabilisation Twitter et Facebook."
Enfin, vous pouvez retrouver "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot", dès maintenant en DVD, édité par MK2 Edition.
César du meilleur documentaire, "L’Enfer" sort en DVD. Le récit d’un tournage maudit, entré dans la légende.
En 1964, Henri-Georges Clouzot lance la production de L’Enfer, un long-métrage visuellement révolutionnaire pour une histoire toute simple : celle de Marcel (Serge Reggiani), un aubergiste du Cantal, jaloux maladif de sa femme Odette (Romy Schneider, plus sensuelle que jamais).
Outre ses deux stars, l’auteur de classiques du cinéma français comme "Les Diaboliques" et "Le Salaire de la peur", a réuni les meilleurs techniciens de l’époque qu’il embarque dans une interminable série d’essais avant d’entamer le véritable tournage.
Chaleur accablante, organisation hasardeuse, Reggiani malade, Trintignant appelé à la rescousse… L’aventure s’arrête au bout de trois semaines lorsque le cinéaste est victime d’un infarctus. Si Chabrol tournera sa version du scénario de Clouzot en 1994 avec François Cluzet et Emmanuelle Béart, les "rushes" mystérieux de "L’Enfer" n’ont jamais cessé de faire fantasmer le cinéma français.
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea sont parvenus à les exhumer pour signer un documentaire troublant sur les affres de la création.
Si la réinterprétation de certaines scènes par Jacques Gamblin et Bérénice Béjo est anecdotique, les témoignages de "survivants" du plateau comme Bernard Stora ou Costa-Gavras nous font toucher du doigt l’ambition d’un génie qui tenta, au péril de sa santé physique et mentale, d’injecter au Septième art sa passion pour des formes d’art plus abstraites et stimulantes. Magique.
Serge Bromberg : "Et dire qu'il restait encore un film à découvrir avec Romy Schneider... ! Qui l'aurait cru ? Elle a été la première à avoir le César de la Meilleur Actrice... Ce film de lumières n'aurait jamais existé sans les gens de l'ombre qui restaure et qui font revivre le cinéma : les laboratoires, ceux qui restaurent, les techniciens, les archivistes. Un travail formidable. Il n'aurait pas existé non plus sans les archives françaises du film, à Bois d'Arcy, qui ont conservé ses images pendant 30 ans. Il n'aurait pas existé non plus sans la cinémathèque française qui a conservé le scénario d'Henri-Georges Clouzot et je voudrais remercier Costa Gavras. Et puis, il n'aurait pas existé non plus sans Frédéric Miterrand qui avait jeté un coup d'oeil sur ses images, il y a exactement 20 ans, et qui, il y a cinq ans m'a dit "Oh, je n'ai vu que quelques minutes mais n'importe quoi d'Henri-Georges Clouzot, ça mérité véritablement qu'on s'y arrête". Merci Monsieur le Ministre ! Ce film n'aurait pas non plus existé sans toute l'équipe de Lobster, sans Janice Jones la monteuse, sans Bruno Alexiu à la musique, sans Marianne Lère la productrice. Et finalement, il n'aurait pas existé sans Ruxandra Médréa. Mais je voudrais surtout saluer Ines Clouzot qui nous a fait confiance et qui nous a permis d'utiliser ces images suite à une panne d'ascenceur fortuite. Enfin, je voudrais dire que ce film ne serait rien sans la beauté fascinante et radioactive de Romy Schneider, sans la tronche de marron sculpté de Serge Reggiani et sans le génie d'un homme, Henri-Georges Clouzot. Ce qui prouve au moins une chose, c'est que, dans la vie, comme au cinéma, les folies, c'est les seules choses que l'on ne regrette jamais. Merci."
"L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot", le documentaire hommage au cinéaste et son film inachevé, remporte la récompense. «Qui aurait cru qu’il restait encore un film de Romy Schneider, celle qui reçut le premier césar de la meilleure actrice ?», a fait remarquer un des auteurs du projet. Serge Bromberg a salué le rôle des archivistes et celui de l’actuel ministre de la culture Frédéric Mitterrand fervent admirateur d’Henri George Clouzot.
Fascinant documentaire retraçant une époque charnière du cinéma français, «L'enfer d'Henri-Georges Clouzot» traite du film maudit du célèbre cinéaste, où un montages dynamique ankylose les sens tout en permettant une réflexion approfondie sur les affres du septième art.
Henri-Georges Clouzot est un des maîtres les acclamés du cinéma français, notamment grâce à des récits aussi majestueux que «Le corbeau», «Quai des Orfèvres», «Le salaire de la peur» et «Les diaboliques». La fin des années 1950 et surtout le début des années 1960 marquent la fin d'un certain classicisme et l'émergence de la Nouvelle Vague, reléguant pratiquement aux oubliettes plusieurs metteurs en scène.
Ce n'est pas le cas du créateur de «Manon» et de «La vérité». Grâce à des capitaux financiers pratiquement sans fin (les majors de Columbia le soutenaient, ce qui était rare pour un artisan étranger), il se met à élaborer une trame narrative tordue autour d'un homme jaloux (Serge Reggiani) et de sa campagne (Romy Schneider). Cet essai, intitulé «L'enfer», porte bien son nom, car il n'a jamais été mené à terme. C'est là qu'entre en jeu le réalisateur Serge Bromberg. En découvrant une multitude d'archives éloquentes de 1964, il a décidé en compagnie de Ruxandra Medrea de concocter un documentaire sur le sujet, navigant au sein d'extraits du long métrage avorté et de témoignages probants, demandant à deux comédiens (Jacques Gamblin et Bérénice Bejo) de se lire les échanges du scénario. Le résultat ne peut qu'intéresser au plus haut point le cinéphile.
Sur le simple plan intellectuel, il s'agit d'une plongée dans le cinéma, une analyse fine et évocatrice de l'artiste et de sa façon de créer qui dévore tout autour de lui. À l'instar de l'influent «La nuit américaine» de Truffaut, le plateau de tournage devient le lieu de tous les dangers, et même si l'homme qui tire les ficelles de son équipe est quelqu'un d'aussi estimé que Clouzot, le succès n'est pas nécessairement assuré.
Il y a également le plaisir de remonter dans le temps et de vivre l'espace de quelques minutes un chef-d'oeuvre qui aurait certainement été plus important que le dérivé qu'a conçu Claude Chabrol en 1994. Revoir la bouille de Reggiani, le minois inoubliable de Schneider (fantasmes, fantasmes!) et les rouages de l'époque. De témoigner du passé grâce à des intervenants comme Costa-Gavras et d'être porté par un montage hypnotique où les images et le son se dédoublent et se répondent (inspiré du «8 ½» de Fellini) sans cesse.
Encore plus impressionnant et instructif que le très bon «Lost in La Mancha» consacré à Terry Gilliam, «L'enfer d'Henri-Georges Clouzot» est un document passionnant de bout en bout. S'il n'est pas obligé de connaître le contexte et le cinéaste pour en tirer un immense plaisir, le spectateur cinéphile sera au septième ciel en ouvrant cette belle boîte - de Pandore? - d'où émanent des visages qui ne s'effaceront jamais et un projet qui aurait peut-être pu être mythique.
lecinema.ca a aimé :
Retourner en 1964 et voir quelques extraits de ce coït interrompu
L’immersion dans l’univers de Clouzot, sa vision, ses thèmes, sa façon de les traiter, etc.
L’utilisation simple mais efficace des intéressantes archives
La mise en scène et le montage extrêmement artistiques
Ce parfum de nostalgie, de beauté et de tristesse,
comme en redécouvrant un vieux film où la plupart de ses artisans ne sont plus de ce monde
lecinema.ca n'a pas aimé :
La deuxième partie de l’ouvrage suit une ligne directrice plus floue, moins évidente
Dommage que le documentaire prenne l’affiche une semaine où il y a déjà une dizaine de nouveaux longs métrages. Dans le lot, il sera facile de l’oublier
Plus de 25 ans après sa mort, Romy Schneider fascine encore.
L’actrice, qui a été pour plusieurs générations de fillettes une "Sissi" ultra-romancée, a aussi prouvé qu’elle pouvait être les visages complexes d’une femme pas toujours idéale – parmi eux, l’impératrice névrosée chez Luchino Visconti ("Ludwig"), en femme martyre chez Robert Enrico ("Le vieux fusil") ou en amoureuse passionnée ("La piscine", Jacques Deray).
La Romy-phile en moi n’a pas pu s’empêcher de trépigner d’impatience en apprenant la sortie montréalaise de "L’enfer d’Henri-Georges Clouzot", de Serge Bromberg et Ruxanda Medrea.
Les deux réalisateurs ont en effet exhumé des archives de la veuve du célèbre cinéaste français des rushs de L’enfer. Film titanesque, L’enfer mettait en scène Romy Schneider et Serge Reggiani dans ce qui devait être une révolution cinématographique croyait le réalisateur de Quai des Orfèvres et des Diaboliques.
Finalement, si le film inachevé a fait date dans l’histoire du cinéma, c’est surtout pour son fiasco causé par les obsessions du metteur en scène qui tentait de représenter, par une distorsion du son et de l’image, la jalousie d’un homme.
À 26 ans, on voit Romy Schneider se prêter avec grâce aux essayages de costumes lors de la préparation du tournage. Puis Clouzot la fait littéralement passer par toute une gamme de couleurs pour modifier l’expression de son visage.
Romy Schneider se donne sans retenue aux exigences du réalisateur et ces séquences psychotroniques donnent un aperçu de l’étendue du jeu de l’actrice -et de la folie créatrice de Clouzot.
"L’enfer d’Henri-Georges Clouzot" sort vendredi au Cinéma du Parc, à Montréal. À mon humble avis, il s’agit là d’un incontournable de la saison.
DVD - 1 disque Studio : Gie Sphe-Tf1 Sortie le : 17 mars 2010
Prix : 30 euros
Langue : Français Sous-titre : Sans Bonus : "Ils ont vu l'Enfer" (doc 50 mn : archives inédites, interviews exclusives d'Inès Clouzot...) - Galerie photos.
Malgré quelque longueur de-ci delà et, il faut bien le dire, des désynchronisations dans les interviews, le montage de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, finement post-produit à partir des négatifs muets du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot (avec des entretiens joliment cadrés, rehaussés d’œuvres cinétiques, des reconstitutions palpables, des remontages plausibles et une mise en scène à peine «distanciée» de dialogues joués sur fond neutre par les excellents comédiens que sont Bérénice Bejo et Jacques Gamblin, bref, des blocs entiers de l’œuvre de Clouzot) est un modèle du genre. Un Ovni, un prototype, une trouvaille digne d’un archéologue du 7e art. Les images exhumées par le Sherlock Jr du cinématographe et sa fine équipe prouvent que le «work in regress» de Clouzot offrait, a priori et, maintenant que la preuve est faite, a posteriori, le meilleur rôle écranique à une Romy Schneider éclatante de beauté et de photogénie.
L’actrice dépasse de loin les modèles anciens, à commencer par Simone Signoret à laquelle Clouzot se réfère explicitement - certains signes ne trompent pas, comme l’embauche de de Catherine Allégret mais également de Serge Reggiani, le partenaire de Casque d’or et l’un des habitués du petit monde de l’art, des lettres et du show business logeant à l’enseigne de la Colombe d’or. BB et tutti quanti, et même Marilyn, disparue un an plus tôt, n’ont jamais été aussi bien captées par des images cinématographiques. Il faut dire que notre Romy (la jolie vedette autrichienne adoptée par le cinéma franchouillard est devenue de fait, comme le remarque l’un des interviewés, une actrice hexagonale) est ici resplendissante : plus tout à fait l’enfant de la balle de la série des "Sissi", pas encore l’adulte adultérine, trempée et trompée de "La Piscine".
Ce qui impressionne et que l'on retient d'abord ce sont des images extraordinaires. Des scènes en noir et blanc ou en couleur, toutes muettes : Romy Schneider, simplement belle, qui évolue en skis nautiques sur un lac de montagne et Serge Reggiani, le visage anxieux, courant à perdre haleine sur le viaduc qui culmine au dessus de la surface de l'eau. Rushs et fragments de pellicule retrouvés livrent encore d'autres images Elles sont hypnotiques à force d'effets cinétiques divers, de recherches et d'expériences invraisemblables. Clouzot a tenté d'inventer un nouveau langage plastique de l'image cinématographique, en relation avec une histoire intime entre deux personnages, scandée par de folles crises de jalousie.
Mais le film que vous irez voir, est bien une oeuvre de Serge Bromberg. Il raconte le tournage insensé de L'Enfer de Clouzot dans un récit finement construit. Entre les images du réalisateur de L'Enfer, on retrouve des interviews de Costa Gavras assistant à la réalisation lors de la préparation du film, de Bernard Stora qui était stagiaire, de William Lubtchansky alors assistant opérateur… Sans concession, ils nous dévoilent la folie obsessionnelle de Clouzot, son irrésistible désir de perfection que rien, ni personne ne limite. Les textes du scénario original sont lus et dits hors-scènes par deux comédiens filmés sur fond noir, Bérénice Bejo et Jacques Gamblin. Ils donnent vie aux scènes de Clouzot d'une manière imperceptiblement décalée et nous rappellent que le metteur en scène, réalisateur et producteur de surcroît, disposait de tous les éléments et composants de son film et au delà.
Et c'est sans doute cet aspect sans limite des conditions de réalisation et de production de l'Enfer qui engloutit le projet et le mène au naufrage. Éternellement insatisfait, Clouzot a les moyens de soumettre ses acteurs et ses équipes de tournage à des recommencements incessants. Au résultat 16 heures d'images superbes, pour un film rêvé et inachevé mais 16h d'images qui sont aussi le matériau à partir duquel Bromberg a réalisé une oeuvre formellement maîtrisée qui autorise des lectures multiples et qui interroge sur la folie et le processus créatif.
NDLR : L'extrait de ce documentaire vous est présenté ci-dessous dans l'unique but de vous le faire connaître et vous donner envie de le découvrir dans son intégralité par le biais des supports à votre disposition (DVD, diffusion TV...). Par respect des droits liés à la diffusion d'une oeuvre, vous ne pourrez en découvrir, ici, que les premières 10 minutes.
La rencontre s’était déroulée quelques mois plus tôt : un grand cinéaste, Henri-Georges Clouzot, allait diriger une star montante, Romy Schneider, 26 ans, révélée par Sissi , rôle dont elle cherchait à s’affranchir. Le projet s’appelait L’enfer. Une histoire de jalousie maladive et obsessionnelle.
Nous étions en 1964. Les extérieurs avaient débuté dans le Cantal, mobilisant près de 400 personnes. En clair, une superproduction à la française. Et puis les ennuis s’amoncellent. Le retard. Le lac servant de décor devant bientôt être asséché. La colère de Reggiani, qui abandonne le plateau. Et enfin le malaise cardiaque de Clouzot. L’enfer se retrouve suspendu. Il ne reprendra jamais et le film deviendra un mythe.
Et puis, l’an passé, Serge Bromberg, qui dirige Lobster Films (société de restauration), se décide à contacter Inès, la veuve de Clouzot. Chaque demande précédente s’est soldée par un refus, mais le courant passe. Inès accepte de lui ouvrir ses malles : 185 bobines représentant quelque treize heures de rushes. Aucune trace du son, en revanche, visiblement perdu. Mais les essais avec Romy sont là. Ils témoignent du génie visionnaire de Clouzot et de cette «cinégénie» unique qui caractérisait l’actrice.
Pour ce film, le cinéaste avait les pleins pouvoirs. La Columbia lui avait donné un budget illimité. Il ne s’en prive pas et se lance dans une série d’essais sur l’image, tentant de traduire visuellement la dérive mentale que subit le héros du film à cause de sa jalousie. Sur pellicule, cela confine au délire. Des plans hypnotiques, fantasmatiques, dévoilant une Romy sensuelle ou dérangeante. Plus loin, des jeux de lumière, des effets de miroirs, des inversions de couleurs, etc.
Lecture de scènes du film Il va sans dire que Bromberg a dû avoir un choc en visionnant cela. Le même choc que nous pouvons ressentir en découvrant le documentaire qu’il en a tiré. Sobrement titré L’enfer d’Henri-Georges Clouzot, il raconte cette odyssée et laisse entrevoir ce qu’aurait pu être ce probable chef-d’œuvre. Pour affiner sa démarche, Bromberg convoque quelques rares témoins survivants de cette entreprise, qui, au final, laissera à la Columbia une ardoise de 5 millions de francs. Pour éclairer le récit, il demande à deux comédiens, Bérénice Bejo et Jacques Gamblin, de lire des scènes du film dans un décor nu. C’est de loin la moins bonne idée de ce métrage. Leur jeu n’a que peu de consistance et leur présence est éclipsée en un quart de seconde par n’importe quel gros plan d’une Romy totalement inédite !
Il existe des films maudits, véritables objets de culte auxquels rêvent de nombreux cinéphiles fous, recherchant désespérément quelques bribes d'images, rêvant face aux reconstitutions de quelques monteurs qu'ils auraient pu avoir s'ils avaient été mené à terme. On n'en connait certains qu'à travers l'histoire rocambolesque de leur tournage. Et certains ont simplement disparu. "L'Enfer" de Clouzot fait parti de cette catégorie. Son histoire est insensée et chaotique. Et pratiquement impensable. Si aujourd'hui ce film est pratiquement oublié, à l'exception d'une partie de la cinéphilie la plus acharnée, il mérite pourtant qu'on y revienne et le documentaire de Serge Bromberg fait merveille.
Réalisé en 1963 en plein pendant une révolution cinématographique, la Nouvelle Vague, "l'Enfer" cherchait à bouleverser le cinéma d'une autre manière. Henri-Georges Clouzot, cinéaste génial encore célébré aujourd'hui pour ses Diaboliques, son Corbeau ou le Salaire de la peur, mais à l'opposé du style des Godard, Truffaut ou Rivette qui sévissaient alors, visait un renouveau stylistique visuel et sonore. Passionné d'art - on le voit avec Le Mystère Picasso - il obtint un budget illimité de la part de la production pour réaliser un film sur une histoire simple basée sur la jalousie mais formellement novateur avec des expériences plastiques inspirées par l'art cinétique et couplées à une bande son qui tendrait vers la musique concrète naissante.
Romy Schneider, qui voulait dans se film laisser de côté son image d'impératrice lisse, accompagnée de Serge Reggiani, Dany Carrel ou Mario David figuraient au casting de ce qui s'annonçait comme le film de la décennie. Malheureusement, rien ne s'est passé comme prévu. Au bout de trois semaines (sur les 18 envisagées), le tournage s'interrompit brusquement car l'artiste devenu incontrôlable (conflit avec Reggiani qui avait quitté le tournage depuis quelques jours déjà, tensions avec Schneider et toutes les équipes techniques qui ne comprenanient pas où voulaient en venir Cluzot) eut un malaise cardiaque en plein milieu d'une scène. Les bobines furent mises sous scellés et à cause de problème de droits, les 13 heures de rushes sont restées invisibles pendant 45 ans. Seules quelques minutes ont pu être dévoilées par Fréderic Mitterrand à l'occasion du 10ème anniversaire de la mort de Romy Schneider en 1992 (images qui ont fortement inspirées Michel Gondry peu de temps après pour le clip d'Etienne Daho, "Les Voyages immobiles").
45 ans plus tard, Serge Bromberg, dénicheur de merveilles, fondateur de Lobster films et que les amateurs de films de la RKO voient régulièrement dans les préface des DVD édités chez Montparnasse, parvient à récupérer les droits de cet objet fantasmatique. Il visionne les documents et il se décide à montrer ces bribes d'images miraculeusement retrouvées mais muettes ainsi qu'une bobine d'essais sonores, dans ce documentaire où il revient sur le tournage de ce film, les relations entre les interprètes et le cinéaste ainsi que sur les problèmes survenus et le mystère global qui entoure l'œuvre. À l'aide de témoignages de personnalités ayant participé au film, il remonte aux sources de cet objet indéterminé, laissant encore planer de nombreuses zones d'ombre.
Des images du film, ce qu'on peut en dire c'est qu'elles sont éblouissantes et la frustration de ne pas avoir l'œuvre achevée est encore plus intense. Certains les trouveront trop rares dans l'heure et demie de film par rapport aux 13h de rush retrouvées mais quand on sait que Clouzot a filmé parfois pendant plusieurs heures les lèvres de Schneider pour des plans qui auraient pu n'être que des inserts d'une ou deux secondes dans le rendu final, on peut se contenter amplement des quelques minutes dont il nous gratifie. Symétries parfaites, jeux visuels étonnants, noir et blanc exceptionnel, technique jamais vue, tout laisse rêveur : un film qui aurait eu 20 ans d'avance s'il était sorti. Malheureusement la musique n'a jamais été écrite (la magnifique partition entendue sur les images a été composée pour le documentaire), et on ne saura jamais quelle utilisation véritable Clouzot aurait fait des images et du son.
À ceux qui penseraient au film de Chabrol, "L'Enfer", précisons qu'il s'agit bien d'une adaptation du scénario de Clouzot mais qui étonnamment n'est jamais mentionné dans le film de Bromberg. Un autre mystère non résolu !
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea se plongent au cœur de "L'Enfer", le film jamais terminé d'Henry-Georges Clouzot. Un documentaire précieux.
Nous sommes en 1964 lorsque le grand metteur en scène Henri-Georges Clouzot engage Romy Schneider, 26 ans, au sommet de la popularité grâce à Sissi, et la met en couple avec Serge Reggiani, 42 ans, très grand acteur s'il en est, au sein d'une histoire de jalousie maladive où Marcel va sombrer dans la folie, croyant qu'Odette le trompe. Profitant d'un budget illimité et voulant livrer un film révolutionnaire, Henry-Georges Clouzot va disposer des meilleurs interprètes et techniciens du moment pour arriver à ses fins. Mais au bout de trois semaines, le tournage s'interrompt pour ne jamais reprendre, emportant avec lui des images que l'on disait exceptionnelles. Tombant dessus par hasard, Serge Bromberg entreprend de se servir des rushs retrouvés pour monter un documentaire avec l'aide de Ruxandra Medrea révélant les images inédites agrémentées de multiples interventions et de reconstitution de certaines scènes non visibles grâce à la participation de Bérénice Bejo et Jacques Gamblin.
"L'Enfer d'Henry-Georges Clouzot" est un documentaire passionnant, détaillé tout en étant assez concis pour parler au plus grand nombre et aller à l'essentiel, démontrer efficacement les rouages de ce film maudit, entre désir créatif inassouvi et perfectionnisme entêtant de ce metteur en scène dépassé par son propre film. Seules quelques images ont finalement été tirées des dizaines d'heures de rush, mais cela s'avère amplement suffisant pour illustrer les propos et témoigner de l'ampleur du projet. On en prend plein les yeux lors de la révélation de certains plans, pour lesquels Clouzot a laissé carte blanche à ses techniciens lors de nombreux tests. On en apprend alors beaucoup sur les dessous de l'entreprise, ainsi que l'on parvient à saisir un peu le génie jusqu'au boutiste tournant à l'obsession de son réalisateur qui s'apprêtait à révolutionner le cinéma français de l'époque disait-il (même si en l'état on ne saura jamais dire si le film aurait été un chef d'œuvre ou un ratage) et à changer radicalement l'image lisse que Romy Schneider avait à travers son personnage de Sissi. En effet, transfigurée, elle y campait ici une séductrice au sein de situations très suggestives susceptibles de vivement outrer les fans de la gentille princesse.
Le parti pris de la reconstitution de certaines scènes avec Bérénice Bejo et Jacques Gamblin était osé, voire carrément casse-gueule, mais le pari est réussi et ces séquences complètent parfaitement le propos du film en nous rapportant quelques scènes «clés». Les interviews proposées s'avèrent très instructives, avec l'intervention de personnes ayant été impliquées dans le film où ayant côtoyé Clouzot, nous expliquant brillamment les divers aspects du film, et le climat délétère qui s'était finalement installé sur le plateau au fur et à mesure que le tournage avançait (ou n'avançait pas plutôt...). Au final, on garde en tête les nombreuses images étonnantes et véritablement avant-gardistes pour l'époque en se disant qu'on l'aurait bien vu, ce film et qu'on est en tout cas passé à côté d'une œuvre qui semblait tout avoir pour être fascinante…
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea nous propulsent dans les dessous de L'Enfer, lors d'un documentaire passionnant sur un film qui avait tout pour être marquant.
Documentaire - En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour être les vedettes de "L'Enfer". Un projet énigmatique et insolite, un budget illimité, un film qui devait être un "événement" cinématographique à sa sortie. Mais après trois semaines de tournage, c'est le drame. Le projet est interrompu, et les images que l'on disait "incroyables" ne seront jamais dévoilées. Oubliées depuis un demi-siècle, elles ont été retrouvées et sont plus époustouflantes encore que la légende l'avait prédit.
Critique Télérama
Il arrive que des films inachevés et jamais sortis trouvent, malgré tout, leur place dans les filmographies des cinéastes. C'est le cas de L'Enfer, de Clouzot, tourné en 1964, oeuvre légendaire aux péripéties multiples. A commencer par un épisode assez rare : l'infarctus du metteur en scène, intervenu au bout de trois semaines de tournage. Dans d'autres circonstances, la fin du tournage aurait été ajournée ou le metteur en scène, remplacé. Sauf que cet accident sonna, en son temps, comme une délivrance.
Plus de quarante ans après, Serge Bromberg et Ruxandra Medrea ont reconstitué cette folle histoire en intégrant à leur récit un matériau de choix qu'on croyait perdu : une partie des rushes et des essais innombrables, tournés par Clouzot, mais sans la bande-son - elle, bel et bien disparue. L'histoire est celle de Marcel (Serge Reggiani) dévoré par le démon de la jalousie. Tenancier d'un petit hôtel de province situé en contrebas d'un viaduc, il passe son temps à épier celle qu'il aime, son épouse éblouissante (trop ?), au prénom proustien, Odette (Romy Schneider). Il la suit, la bombarde de questions, soupçonnant qu'elle le trompe. Un scénario repris par Claude Chabrol en 1994, dans un remake d'excellente tenue, délesté des effets bizarroïdes orchestrés par Clouzot.
Réaliser un film «plastique», tel est en effet son souhait. A l'époque, au zénith de sa carrière, Clouzot est l'un des cinéastes les plus réputés en France. Il peut tout se permettre : d'ailleurs - chose impensable aujourd'hui - son budget est illimité ! Puisant dans l'art optique et cinétique, il sollicite plusieurs opérateurs et ingénieurs du son pour lancer diverses expérimentations. Filtrages de couleur, images kaléidoscopiques, tout le monde se prête à ce jeu moderniste, acteurs et techniciens. Aujourd'hui, ces effets paraissent un peu datés. Ce qui se dessine, surtout, c'est l'histoire d'un échec : une greffe impossible entre cinéma «classique» et cinéma expérimental.
Dans sa folie des grandeurs comme des profondeurs, Clouzot embarque tout le monde. A travers plusieurs témoignages pertinents (notamment le réalisateur Bernard Stora, à l'époque assistant stagiaire), on mesure combien le tournage prend, au jour le jour, une dimension délirante autant qu'absurde : plusieurs caméras, plusieurs équipes qui attendent, et Clouzot le perfectionniste qui s'obstine sur des détails, qui « sadise » le pauvre Reggiani. Dans un mouvement de spirale infernale, le film fonce dans le mur et personne n'est là pour l'arrêter. Cette fatalité en marche est le fil rouge captivant du documentaire de Bromberg et Medrea : montrer l'enfermement progressif d'un cinéaste à l'intérieur de sa création, perdant pied jusqu'à se confondre avec son personnage masculin.
Dans cette bérézina, reste un trésor à sauver : Romy Schneider. Délaissant ses aventures en crinoline, l'ex-Sissi débute alors une autre carrière, en France. Elle a déjà tourné avec Welles ("Le Procè"s), Cavalier ("Le Combat dans l'île"). Mais "L'Enfer" consacre son avènement. Elle y est triomphante et vénéneuse. Adulte et moderne. Lorsqu'elle fixe son regard sur nous, impossible de ne pas devenir à notre tour comme Marcel : raide dingue amoureux.